Histoire des jours fériés en France
Les 11 jours fériés de l’article L3133-1 du Code du travail se sont constitués en 180 ans : 4 fêtes religieuses fixées par le Concordat en 1802, le jour de l’an en 1810, puis 6 lois de 1880 à 1981. Le dernier ajouté est le 8 mai, rétabli par la loi du 2 octobre 1981.
Quatre fêtes concordataires de 1802, sept ajouts jusqu’en 1981
Avant la Révolution, le calendrier comptait plusieurs dizaines de fêtes chômées d’obligation, réduites par les évêques au XVIIIe siècle. Le Concordat de 1801 et l’arrêté du 29 germinal an X (19 avril 1802) ramènent les fêtes religieuses chômées à quatre, en plus du dimanche : Noël, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint. Le calendrier républicain venait de supprimer le dimanche lui-même. Tout le reste s’ajoute par couches, souvent après un débat parlementaire : le 14 juillet en 1880 pour donner à la République une fête, les lundis de Pâques et de Pentecôte en 1886 (ils étaient déjà chômés en pratique), le 11 novembre en 1922 sous la pression des anciens combattants, le 1er mai en 1947 puis le 8 mai en 1953, supprimé par de Gaulle en 1959 puis par Giscard d’Estaing en 1975 par souci de réconciliation franco-allemande, et rétabli par la loi du 2 octobre 1981.
| Jour férié | Date | Texte fondateur | Nature |
|---|---|---|---|
| Jour de l’an | 1er janvier | avis du Conseil d’État du 23 mars 1810 | fête civile |
| Lundi de Pâques | mobile | loi du 8 mars 1886 | religieuse |
| Fête du Travail | 1er mai | loi du 30 avril 1947 (chômé et payé) ; nom donné par la loi du 29 avril 1948 | civile |
| Victoire 1945 | 8 mai | loi du 20 mars 1953, supprimée en 1959 et 1975, rétablie par la loi du 2 octobre 1981 | civile |
| Ascension | mobile | Concordat de 1801, arrêté du 29 germinal an X (19 avril 1802) | religieuse |
| Lundi de Pentecôte | mobile | loi du 8 mars 1886 ; journée de solidarité par défaut de 2004 à 2008 | religieuse |
| Fête nationale | 14 juillet | loi du 6 juillet 1880 | civile |
| Assomption | 15 août | Concordat de 1801 | religieuse |
| Toussaint | 1er novembre | Concordat de 1801 | religieuse |
| Armistice 1918 | 11 novembre | loi du 24 octobre 1922 | civile |
| Noël | 25 décembre | Concordat de 1801 | religieuse |
Ce que férié veut dire en droit du travail
La liste figure à l’article L3133-1 du Code du travail : 11 jours. Seul le 1er mai est obligatoirement chômé et payé pour tous les salariés (L3133-4 à L3133-6) ; les dix autres sont chômés ou travaillés selon l’accord d’entreprise ou de branche, et le chômage d’un jour férié n’entraîne aucune perte de salaire pour les salariés ayant 3 mois d’ancienneté (L3133-3). Un férié tombant un dimanche ou un jour de repos n’est pas récupéré, sauf disposition conventionnelle. La journée de solidarité de 2004 a transformé, dans beaucoup d’entreprises, le lundi de Pentecôte en jour travaillé non payé.
Alsace-Moselle : 13 fériés hérités du droit allemand
Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle ont conservé, à leur retour à la France en 1918, le régime de l’ordonnance allemande du 16 août 1892 : le Vendredi saint (dans les communes ayant un temple protestant ou une église mixte, en pratique partout) et le 26 décembre, Saint-Étienne, s’ajoutent aux 11 fériés nationaux (articles L3134-13 et suivants). En 2027, le Vendredi saint tombe le vendredi 26 mars 2027. Les jours fériés d’Alsace-Moselle 2027 sont détaillés à part.
Outre-mer : un férié supplémentaire pour l’abolition de l’esclavage
La loi du 30 juin 1983 crée dans chaque département d’outre-mer un jour férié commémorant l’abolition de 1848 : 27 avril à Mayotte, 22 mai en Martinique, 27 mai en Guadeloupe, 10 juin en Guyane, 20 décembre à La Réunion (article L3422-2 du Code du travail). Saint-Martin et Saint-Barthélemy ont leurs propres dates (28 mai et 9 octobre).
Les fériés disparus ou jamais adoptés
- Le lundi de Pentecôte a été de fait supprimé de 2005 à 2007 (journée de solidarité obligatoire) avant que la loi du 16 avril 2008 rende le choix du jour à l’employeur.
- La Saint-Napoléon (15 août) fut fête nationale sous le Second Empire, la fête de Jeanne d’Arc (2e dimanche de mai) est une fête nationale depuis la loi du 10 juillet 1920 mais n’a jamais été chômée.
- Le 8 mai reste le seul férié à avoir été retiré deux fois.
- Les propositions de suppression de deux fériés (rapport de 2025 sur le budget) n’ont pas abouti ; la liste de L3133-1 est inchangée depuis 1981.
Fériés et jours de la semaine en 2027
En 2027, 4 fériés tombent un week-end (Fête du Travail le samedi 1er mai, Victoire 1945 le samedi 8 mai, Assomption le dimanche 15 août, Noël le samedi 25 décembre). Le détail des ponts et des jours de semaine est sur jours fériés 2027. Sur un cycle de 28 ans, chaque férié à date fixe tombe 4 fois sur chaque jour de la semaine.
Tableau récapitulatif
| Période | Fériés ajoutés |
|---|---|
| 1802 (Concordat) | Noël, Ascension, Assomption, Toussaint |
| 1810 | Jour de l’an |
| 1880 | 14 juillet |
| 1886 | lundi de Pâques, lundi de Pentecôte |
| 1922 | 11 novembre |
| 1947 | 1er mai chômé et payé |
| 1953 / 1981 | 8 mai (retiré en 1959 et 1975, rétabli en 1981) |
| 1983 | abolition de l’esclavage (outre-mer, par département) |
Voir aussi : Jours fériés 2027, Jours fériés Alsace-Moselle 2027, Jours fériés outre-mer 2027, Le 8 mai, Le lundi de Pentecôte, Journée de solidarité, Jours ouvrés, ouvrables, fériés.
Questions fréquentes
Depuis quand le 14 juillet est-il férié ?
Depuis la loi du 6 juillet 1880, qui en fait la fête nationale annuelle. La première célébration officielle a lieu le 14 juillet 1880.
Pourquoi le 8 mai a-t-il été supprimé puis rétabli ?
Rendu férié en 1953, il perd ce statut en 1959 (décret du général de Gaulle) et sa commémoration en 1975 (Valéry Giscard d’Estaing, réconciliation avec l’Allemagne). La loi du 2 octobre 1981 le rétablit comme jour férié.
Combien de jours fériés en Alsace-Moselle ?
13 : les 11 nationaux plus le Vendredi saint et le 26 décembre, hérités de l’ordonnance allemande de 1892 et maintenus en droit local.
Le 1er mai est-il le seul jour férié obligatoirement chômé ?
Oui. Article L3133-4 : chômé pour tous les salariés, sauf établissements ne pouvant interrompre le travail (hôpitaux, transports), où il est payé double.
Sources : Code du travail, articles L3133-1 à L3133-6, L3134-13, L3422-2 (Légifrance) ; Loi du 6 juillet 1880 ; loi du 8 mars 1886 ; loi du 24 octobre 1922 ; loi n° 47-778 du 30 avril 1947 ; loi n° 81-893 du 2 octobre 1981 ; loi n° 83-550 du 30 juin 1983 ; Arrêté du 29 germinal an X (19 avril 1802) relatif aux fêtes conservées ; Jean Lefort, « La saga des calendriers », Belin, 1998.